Webzine Hors Série de Bit-Lit.com : Harry Potter

mardi 12 novembre 2013

Le deuxième gagnant du concours de nouvelles Val'Joly

Lunae de UnicornFlex


— Réveille-toi ! Allen ! Tu dois te relever ! 

Allen reprit difficilement conscience. Il lui fallut quelques secondes pour se resituer: ses sens étaient encore dans la confusion la plus totale, sa vision floue, ses yeux baignés de sang, son ouïe perdue, son toucher absent. Allongé au sol, il chercha d’une manière approximative dans des débris rocailleux sa dague de la main droite, son autre main, ensanglantée, le faisant atrocement souffrir au moindre mouvement. 

Autour de lui, les explosions continuaient de retentir, l’air était difficilement respirable, les auras magiques de ses compagnons disparaissent une à une. Allen devait agir. Toujours abasourdi, il dut employer toute sa force pour s’accroupir, et rouvrir les yeux. La vision qu’il eut le terrifia.

La troupe était décimée, ceux qui restaient et qui combattaient encore semblaient tous à l’agonie, gravement blessés et encerclés par un ennemi trop bien organisé. Ils n’avaient aucune chance face aux déviants qu’ils essayaient de combattre. Les magiciens de la troupe avaient presque été tous décimés. Ils ont dû être pris pour cible les premiers, pensa Allen en recouvrant comme il pouvait ses forces. À peine debout, il ramassa la dague d’une pauvre victime. Sans Lunae, sa dague qu’il ne parvenait toujours pas à retrouver, son pouvoir était considérablement réduit, et il ne pouvait pas, dans son état actuel du moins, invoquer le moindre sort sans que cela ne lui refasse perdre connaissance, et ne lui assure ainsi une mort certaine.

À peine sa nouvelle dague enchantée dans la main, il vit trois hommes se ruer vers lui, tous portant une cape noire, armés d’une épée courte et d’un bouclier de forme ronde. Trois déviants. Les déviants étaient d’anciens soldats ou magiciens de l’Ordre corrompus. Leur objectif n’était pas réellement connu, mais ils étaient aussi redoutables que redoutés.

Mais Allen n’était pas qu’un simple soldat, il faisait partie de l’Ordre. Sa cape blanche, en partie déchirée, ornée d’une tête de licorne blanche, le désignait comme une cible à abattre au plus vite. Malgré son incapacité à utiliser ses deux mains, tout se passa à une fabuleuse vitesse : d’une fluide rotation et dans le calme le plus total, il contourna le premier ennemi par l’arrière, lui trancha la gorge d’un coup rapide et cinglant, avant de planter la dague dans le ventre du second ennemi qui suivait, avec une facilité déconcertante, sous le regard impuissant du troisième. On aurait dit qu’il pouvait se mouvoir en se téléportant d’ennemi en ennemi. Le pied droit sur sa victime, Allen l’acheva soigneusement, avant de fixer son dernier opposant. Celui-ci lâcha son bouclier, avant de ramasser l’épée de son défunt camarade et de s’adresser à Allen :

— Abandonne, et nous t’épargnerons, dit l’ennemi inconnu d’une voix confiante et déterminée.

Allen ne répondit pas. Il avait perdu trop de sang, et accumulé beaucoup trop de blessures. Sa vue se troublait encore, il ne resterait pas conscient très longtemps. Son adversaire était un véritable colosse, il portait maintenant deux épées, qui, même non enchantées, auraient raison du magicien trop affaibli. Allen jaugea la situation.

À la surprise de son adversaire, Allen lâcha à son tour la dague, qui alla directement se planter au sol, avant de disparaître en cendre. Il était désarmé. Le déviant entama alors une course effrénée contre le magicien à la cape blanche.

En quelques secondes à peine, Allen murmura des paroles, redressa son bras valide, puis ouvrit le poing, où un cercle concentrique y était tatoué, et reluisait. Le soldat expérimenté connaissait pertinemment la suite, et dans un geste désespéré, entama un ultime saut vers Allen. Son dernier.

Le magicien mit pied à terre. Il avait utilisé tout le pouvoir qui lui restait pour lancer un éclair foudroyant. Non seulement il avait perdu sa dernière capacité offensive en foudroyant son adversaire, mais il avait aussi attiré toute l’attention sur lui. Quand il vit les magiciens adverses et les soldats se diriger vers lui, Allen pensa à sa mission, bien évidemment, « protéger le convoi à tout prix », mais aussi à Lunae, se demandant où elle avait disparue. Dans ses pensées, il regretta de ne pas avoir pu s’élever à la « transcendance », en fait, il n’aurait jamais vraiment su ce que c’était, ni même si elle existait hors des légendes. Il avait peur, peur que ses compagnons soient morts, que son maître le soit, peur de mourir. Mais il ne renonçait pas à la vie pour autant, il sentit la colère monter en lui, sans pouvoir la contrôler ni se l’approprier. 

Alors qu’il vit son bourreau approcher, un magicien dont il ne distinguait que les yeux à travers une capuche noire, il essaya de bouger, mais il était trop faible, ses membres ne lui répondaient plus, il ne pourrait qu’assister à sa propre exécution. Le bourreau, de son immense hache, prépara son coup, avec dans l'idée de la diriger avec une monstrueuse force vers le magicien. C’est alors que l’ennemi fut projeté avec une telle force et vitesse qu’Allen ne put suivre sa trajectoire. Un halo lumineux avait entouré Allen et le guérissait de ses blessures.

Comment cela était-il possible ? se demanda-t-il, avant de recouvrir de ses blessures. Celles-ci cicatrisaient à vue d’œil, la douleur disparaissait. Ce type de sort n’était connu que par l’élite de l’Ordre, un membre du Conseil. Le Conseil était la plus haute hiérarchie connue de l’Ordre des magiciens, on disait qu’elle regroupait les quinze plus grands magiciens vivants à une époque donnée. Personne ne connaissait réellement leur véritable apparence, ni qui ils étaient, n’apparaissant que lors d’évènements exceptionnelles lors d’incantations.

Ceux-ci étaient connus pour maîtriser chacun un pouvoir magique de dernière classe. La régénération instantanée en faisait partie. Mais qui ? Et pourquoi ? Des attaques et des meurtres de magiciens étaient malheureusement courants, et jamais un des Quinze ne s’y était manifesté. Le moment était mal choisi pour se poser ces questions, pensa Allen, encore surpris par ce qu’il venait de se passer. Quelqu’un, ou quelque chose, lui avait sauvé la vie, et avait maintenant disparu. Cela avait rendu furieux ses ennemis, incapables de faire quoi que ce soit devant le halo qui le protégeait.

Allen, qui retrouva un peu de son potentiel magique, pu ressentir alors l’aura de son maître, Yezel. Magicienne de premier classe, elle était rentrée dans l’histoire pour avoir mené la bataille de la troisième Lune à la victoire, et pour avoir ensuite refusé d’intégrer le Conseil, pour des raisons encore obscures. L’aura déferlante de Yezel se propagea instantanément sur tous les ennemis. Cette attaque était une des premières enseignées à l’académie, elle permettait, à la base, d’étourdir les animaux sauvages… pour un magicien ordinaire du moins. Quand Yezel jeta ce sort, la majorité des soldats perdirent connaissance et tombèrent, il ne resta debout que les déviants et magiciens assez puissants pour contrer cette attaque pourtant « banale ».

Dans la confusion, Allen retrouva son maître, qu’il voyait pour la première fois affaiblie. Habillée d’une robe blanche, le poing refermé, elle semblait hors d’elle, furieuse du déroulement de l’histoire, et marmonnait des mots qu’Allen ne parvenait pas à déchiffrer. Valor, un valeureux guerrier de l’Ordre, les rejoignit et prit la parole :

— On dirait qu’il ne reste que nous… En face, je compte six déviants, dont deux magiciens, encore debout.

— Je m’occupe des magiciens, vous deux, occupez-vous des autres, protégez le convoi, il ne doit pas tomber entre leurs mains. Faites attention, ceux-ci ont résisté à ma projection, ils sont donc plus que coriaces et ne doivent en aucun cas être sous-estimés, répliqua Yezel.

— Oui maître, répondirent Allen et Valor.

Valor, connu pour ne pas pratiquer de magie, était pourtant très rapidement rentré dans l’Ordre, car doté d’un sens inné de résistance à la magie, et surtout pour être le seul à se servir d’une immense claymore, qu’il maniait comme une vulgaire dague, et qui découperait d’un coup un ennemi trop imprudent.

Les deux élèves firent face aux ennemis alors que le brouillard de guerre commençait à se dissiper. Lorsqu’une bataille impliquait des magiciens, un nuage de poussières se formait, enveloppait la zone de combat, et obstruait toute vision. Lorsque ce dernier aurait totalement disparu, le combat reprendrait. Il était inconcevable qu’un des deux camps n’attaque avec la dissipation totale, au risque de se dévoiler, et ainsi se mettre en position de faiblesse. Les deux apprentis avaient donc quelques secondes de répit pour se préparer à ce combat. Allen et Valor se connaissaient peu, et bien que pratiquant un style de combat totalement différent, savaient leurs forces et faiblesses mutuelles. Allen était non seulement connu pour maîtriser de très nombreux sorts, mais aussi pour être un véritable stratège au combat, alors que Valor, était plus connu pour taillader avant de poser des questions.

— Ma magie n’aura aucun effet sur eux, la tentative de Yezel le prouve clairement, dit Allen. J’ai perdu Lunae, et je ne pourrai donc pas t’aider à les combattre en leur lançant des sorts magiques. Mais j’ai un plan, écoute attentivement ce que j’ai à dire, il en va de notre mission, et de nos vies respectives.

— Tes ordres seront mes actes, répondit Valor.

Malgré le peu de missions qu’avait effectuées Valor avec Allen, il lui faisait entièrement confiance, et bien qu’il émettait des doutes quant à la stratégie du magicien, il savait qu'Allen était bien plus expérimenté au combat que lui, et ferait tout pour s’y conformer.

Avant que le brouillard ne se dissipe complètement, Valor dévia dans un mouvement de réflexe une flèche visiblement adressée à Allen. Les déviants savaient très bien qu’il ne fallait jamais laisser un magicien en soutien, beaucoup trop dangereux pour eux. Quand le brouillard ne fut plus, Valor prit l’initiative et se rua vers les trois ennemis, seul, armé de sa Claymore. Le premier ennemi décocha une autre flèche, alors que les deux autres se préparaient à la parade. Lorsque la flèche toucha sa cible, Valor disparu dans un écran de fumée. Avant que les ennemis ne comprennent la supercherie, deux d’entre eux étaient déjà à terre, entaillés dans le dos. Le troisième, visiblement plus expérimenté que ses défunts alliés, s’était écarté prématurément de son groupe, et avait assisté à toute la scène. Il savait donc où était le vrai Valor, maintenant vulnérable à toute attaque. De plus, il savait le magicien suffisamment affaibli, et seulement capable de lancer des illusions. Il n’avait donc aucune raison de ne pas attaquer Valor. Ce fut une erreur, sa dernière. 

Alors qu’il se ruait vers Valor pour lui asséner un coup mortel, l’ennemi ressentit tout d’un coup une douleur effroyable au ventre. Il venait d’être tailladé d’un coup sec et maîtrisé. Comment était-ce possible ? Alors que la mort vint à lui, il comprit finalement ce qu’il s’était passé, et ce, avec une certaine admiration. 

Allen, un magicien, ne tenterait jamais d’aller au corps à corps, sauf en cas d’extrême nécessité, il avait pourtant fait le pari d’aller aider son allié après avoir lancé une illusion de Valor. Toujours privé de Lunae, Allen avait matérialisé une épée de lumière, jugée comme une des plus efficaces face à un adversaire non doté de pouvoir magique, pour pouvoir achever le dernier ennemi.

Il était un des seuls de son ordre à pouvoir maitriser plusieurs arcanes de la magie, les incantations et les sorts foudroyants étant sa spécialité, ce qui faisait de lui un adversaire mortellement imprévisible. 

Le plan était d’utiliser les compétences de chacun, et il fut brillamment exécuté. Cependant, une variable qu’Allen avait laissé de côté revint à lui. 

« 6 déviants, dont 2 magiciens », se remémora-t-il, mais où était donc passé le dernier ? Il ne pouvait pas sentir d’aura supplémentaire. Or il était impossible pour un déviant de cacher son aura, encore moins un humain. « Il a peut-être fui » se dit-il pour se convaincre. Lorsque Yezel revint, Allen avait compris qu’elle s’était dans le même temps défait des deux déviants magiciens.

— Le convoi est protégé, les ennemis sont tombés ou ont fui, il est temps de rentrer, dit Yezel, visiblement blessée de son dernier combat, d’une voix rassurée à ses deux élèves.

Lorsque Yezel s’apprêtait à monter sur son cheval, une flèche argentée sortit de nulle part et fila droit vers elle.

— Maître ! Hurla Allen, terrifié par la vitesse de cette flèche, et se sachant trop loin pour la dévier, et pas assez rapide pour pouvoir envisager de lancer un sort.

Il était trop tard, la flèche avait déjà transpercé Yezel, qui tomba de tout son corps, les yeux ouverts, et dont le sang commençait déjà à se répandre au sol. Alors que l’ennemi était introuvable, Allen accourut vers son maître, tandis que Valor s’empressa de rejoindre le convoi pour le protéger. Allen prit la main de son maître, il ne put retenir ses larmes. Sa main était froide, engourdie, Yezel lui sourit, et lui murmura : « Ne fais confiance à personne mon enfant, surtout pas le Conseil, un jour, nous nous retrouverons… Garde-la toujours avec toi ». Sur ces mots, Yezel disparut dans un nuage de poussières étincelantes. Dans son dernier geste, elle venait de lui rendre Lunae.

Allen, sous le choc, ne put comprendre les mots de son maître, et s’indigna de sa mort. Comment une simple flèche avait pu avoir raison d’elle ? Ses derniers combats l’auraient si affaiblie pour qu'elle n'ait pas pu dévier une flèche d’argent ? Allen se releva, toujours abasourdi, remit Lunae dans son fourreau, et retrouva le convoi et Valor. Il devait finir sa mission avant de faire le deuil de son maître.

*

Deux jours étaient passés, aucune autre attaque n’avait eu lieu. Allen, Valor et le convoi arrivaient à destination, aux portes de la capitale, où la garde impériale les attendait, devant des portes géantes.

D’un coup, Allen prit Valor à l’écart du convoi, sortit Lunae de son fourreau ; une prodigieuse puissance magique s’en dégageait.

— Tu l’as remarquée aussi ? Dit Allen à son allié en désignant une femme marchant avec le convoi.
— Oui mon ami, répliqua Valor, en dégainant sa claymore, elle ne fait pas partie du convoi.

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