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vendredi 16 novembre 2012

Interview de Xavier Mauméjean, Collection Pandore

Le 8 novembre 2012, le monde littéraire a vu naître une nouvelle collection : Pandore, des éditions Le Pré aux Clercs.

Petit rappel de la mythologie grecque : Pandore est la première femme, créée par Zeus pour se venger des hommes qui lui ont volé le feu (mythe de Prométhée). Elle fut offerte au frère de Prométhée et envoyée avec une boîte (ou plutôt une jarre) contenant tous « les maux de l'humanité, notamment la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la Folie, le Vice, la Tromperie, la Passion, ainsi que l'Espérance », avec l’interdiction de l’ouvrir. Sauf que Pandore est curieuse (ça c’est la faute à Héra) et lorsqu’elle ouvre la boîte, les maux s’échappent, exceptée l’Espérance (qu’on peut aussi traduire par l'attente de quelque chose), ce qui permet de « sauver » l’humanité. « L'humanité ne souffrira que des maux, et non pas de l'attente de ces maux, qui est probablement le pire de tous. L'humanité ne vivra pas dans la crainte perpétuelle des maux à venir. »

Mais alors, les éditions Le Pré aux Clercs veulent nous pousser à la curiosité et nous donner envie d’ouvrir la boîte ? Mais la collection Pandore, c’est quoi d’abord ?

Cette nouvelle collection choisit de mettre en avant des romans fantasy écrits par des auteurs français pour un public « Young Adult ». Du jamais vu !
Les éditions Le Pré aux Clercs ont décidé de confier les clés de (cette boîte de) Pandore à Xavier Mauméjean. Un illustre inconnu ? Pas du tout ! Ce monsieur touche-à-tout est l’auteur de plus d’une quinzaine de romans (dans des genres différents), de pièces radiophoniques (pièces jouées pour le format radio). Il a co-créé la collection La bibliothèque Rouge, qui publie des « ouvrages originaux célébrant les grandes figures de la littérature populaire » et dirige aussi la collection de fantasy jeunesse « Royaumes Perdus » chez Mango, dont le but est de mettre à la disposition des plus jeunes lecteurs un imaginaire lié aux contes et aux légendes, « afin que les récits d’hier permettent aujourd’hui de se préparer à demain. Car les mythes sont éternels et façonnent nos esprits à tout âge. »

La collection Pandore continue un peu ce partage de l’imaginaire mais cette fois-ci, il s’agit de le transmettre à un public élargi : « C’est pourquoi Pandore est une collection grand public, ouverte à tous les goûts de l’imaginaire, pour des lecteurs féminins et masculins, adolescents et jeunes adultes. Les thèmes classiques de la fantasy, mais aussi ses tendances contemporaines, sont abordés par des écrivains d’aujourd’hui. »
Avec une volonté marquée de promouvoir les auteurs français de fantasy, qui, comme le rappelle M Mauméjean, sont très bien représentés, et de préciser : « Les auteurs français sont les héritiers d’une grande tradition, à la fois populaire et littéraire. Celle des Alexandre Dumas et Jules Verne. Nourris de récits d’aventure, de cape et d’épée, de voyages fantastiques, nos romanciers maîtrisent parfaitement les codes de la fantasy. » Fabien Clavel, Hervé Jubert, Estelle Faye (dont le premier livre est à découvrir ce mois-ci) et beaucoup d’autres vont venir enrichir vos étagères de leur récit de quête, de romance, de combats, de sensualité, d’humour et de suspense.

Pour nous présenter plus en détails cette nouvelle collection Pandore, Xavier Mauméjean, a accepté de répondre à nos questions.

Êtes-vous prêt à ouvrir la boîte de Pandore ?

Bit-lit.com : D'où vous est venue l'idée de créer cette collection ?

Xavier Mauméjean : L’idée a surgi d’une rencontre avec Isabelle Lerein et Carola Strang des éditions Le Pré aux Clercs. Quelques échanges informels ont montré que nous avions des envies communes, des attentes en tant que lecteurs, ce que nous sommes avant tout. Qu’est-ce que nous aimerions trouver, ou retrouver, dans les livres ? Qu’est-ce qui en ces temps moroses pourrait offrir de l’évasion ? L’idée de la collection Pandore s’est ainsi définie progressivement, et très vite car nous sommes vraiment au diapason.
Qu’est-ce qui a primé tout de suite ? L’aventure et l’évasion. Quel genre littéraire garantit ces deux impératifs ? La fantasy. Mais pas n’importe laquelle. Celle qui s’écrit, ou devrait s’écrire, aujourd’hui, avec toute cette richesse acquise depuis le commencement du genre. Autrement dit, garder ce qui fait le fond classique de la fantasy (quête, guerrier solitaire, affrontement de l’ordre et du chaos etc.) tout en accueillant les nouvelles tendances (fantasy urbaine, steampunk, thriller, romance etc.).
Qu'est-ce que Pandore va apporter de nouveau au marché du Young Adult déjà très représenté ? Comment comptez-vous vous démarquer ?
Un mauvais départ de collection aurait été de vouloir se démarquer pour se démarquer à tout prix. Cela pour deux raisons. La première est que l’on ne propose pas un beau projet rien qu’en étudiant ce qui existe déjà. Car dans ce cas vous ne créez pas un esprit original de collection mais un concept qui n’existe qu’en opposé à ce qui précède. Un peu comme les satanistes de pacotille qui exhibent un crucifix inversé, et qui finalement n’ont de sens que par rapport au christianisme qu’ils mettent en valeur. Ridicule. La seconde raison, la plus importante, est que Pandore offre une approche totalement originale, une fantasy écrite par des auteurs français, proposant des récits souvent inspirés de l’imaginaire francophone. Cela ne s’était pas vu jusqu’alors. 
D'autres collections sont-elles en préparation ?
Pas de mon fait en tout cas. Pandore est une tâche enthousiasmante mais très prenante. Je refuse beaucoup de projets, certains d’ailleurs parfaitement publiables mais qui ne cadrent pas avec l’esprit de la collection. Et puis le travail avec les auteurs suppose une relation de confiance, une disponibilité qu’il serait malhonnête de brader en papillonnant vers d’autres projets. Enfin j’ai grand plaisir à travailler avec toutes les personnes impliquées dans cette collection. Nous y investissons beaucoup de temps, d’énergie et surtout de passion.

La collection reposera-t-elle uniquement sur des nouveautés ou envisagez-vous également des rééditions ?
Uniquement sur des nouveautés. Et là j’insiste, il s’agit de textes écrits pour cette collection et non de manuscrits préexistants. C’est le cas pour les trois premiers titres et pour la totalité des suivants. 


Vous attaquez fort avec des auteurs très appréciés du public, comme Fabien Clavel. Quels autres auteurs peut-on s'attendre à retrouver bientôt ?

Marie Pavlenko, François Larzem, Justine Niogret, Jean-Luc Bizien, Jérôme Noirez et d’autres qui ont déjà signé. Tous ces auteurs explorent les différents genres de la Fantasy (Urban ; Sword ; Quest, etc…1) aussi bien donc les veines classiques que modernes, mais avec le regard d’écrivains d’aujourd’hui qui ont lu du thriller, des mangas, de la littérature classique, se passionnent pour le cinéma, les jeux…. En fait, ils traduisent exactement l’esprit de ce que doit être la fantasy aujourd’hui.

Pourquoi ce choix de ne publier que des auteurs français pour cette collection ?
Pour au moins deux raisons. D’une part Le Pré aux Clercs a un bel historique de fantasy anglo-saxonne, l’un des plus remarquables dans le paysage éditorial français, et donc il était inutile de faire doublon. D’autre part il serait vraiment dommage de ne pas voir ce qui est évident, à savoir l’imagination originale des auteurs français.

Pensez-vous qu'il existe une french touch en matière de fantasy et Young Adult ?
J’en suis totalement convaincu. Depuis le début des années 2000 est apparue une génération d’écrivains français qui ont développé un imaginaire inédit, une « singularité » française. Je pense par exemple à Fabrice Colin, Mathieu Gaborit, Hervé Jubert, Catherine Dufour, Pierre Pevel, Gilles Dumay, et j’en oublie, preuve que nous ne manquons pas de romanciers au talent incontestable. Puis ont suivi Jean-Pierre Jaworski, Justine Niogret, Marie Pavlenko, Estelle Faye et je vais encore en oublier, rien que pour le seul domaine de la fantasy. Excusez du peu !
Si en plus on ajoute que nous avons une tradition spécifique française du récit d’aventures, avec Alexandre Dumas, Jules Verne, Paul Féval, on ne peut qu’être convaincu par l’option francophone. Et j’en oublie (il faut absolument que je fasse quelque chose pour ma mémoire…).

Prenez Théophile Gautier. Voilà un auteur adulé en littérature générale. Or on oublie trop souvent, ou l’on feint d’oublier, qu’il a écrit Le Capitaine Fracasse, l’un des plus beaux romans d’aventures qui existe. Humblement, mais sans fausse modestie, nous voulons renouer avec cette tradition du récit d’évasion servi par le style.
L’idée est que Pandore offre deux garanties : comme collection, que le lecteur soit assuré d’y trouver des romans captivants ; que chaque roman pris individuellement assure un formidable moment de lecture.


Envisagez-vous la publication d'auteurs étrangers également ?
Pas dans l’immédiat. Et si c’est le cas, la collection Pandore commanderait des textes originaux, dont l’action se passerait en France. Je rêve de publier un roman de Kim Newman qui prendrait pour cadre notre pays et son merveilleux.

Je vous remercie de votre retour et vous souhaite une bonne journée.
Merci à vous !


Un grand merci aux éditions Le Pré aux Clercs, à Laetitia Matusik pour sa gentillesse et à Xavier Mauméjean pour sa disponibilité et ses réponses.

Retrouvez les titres parus sur le forum Bit-lit.com:
- La dernière lame d'Estelle Faye
- Magies secrètes d'Hervé Jubert
- Les adversaires de Fabien Clavel




1
Urban (Fantasy urbaine): est un sous-genre de la Fantasy et du Fantastique, où l’action du récit se situe en milieu urbain (et en général contemporain) et où des créatures féériques ou mythologiques interviennent. L’environnement décrit dans ce genre de la Fantasy est familier au lecteur et le(s) élément(s) surnaturel(s) sont intégrés au récit. L’auteur va ici préférer les personnages aux règles de narration de la Fantasy.


Sword and Quest (ou Heroic Fantasy): Pour définir la Sword et la Quest dans la Fantasy il faut d’abord définir l’heroic Fantasy, « est à l'origine le nom donné à la Fantasy, dans le sens d'œuvres centrées sur des aventures héroïques dans des mondes imaginaires au contexte antique, médiéval ou proto-médiéval. » Le récit est ici complètement centré sur le héros qui doit accomplir une mission. Il s’agit donc de raconter les aventures d’un héros dans un monde imaginaire où se mêlent « intrigues politiques et batailles épiques ». Autrefois, héros vertueux, aujourd’hui, le personnage principal de l’Heroic Fantasy est plutôt un anti-héros et il s’engage dans une lutte contre le Mal (ou une représentation maléfique comme un ennemi du pays ou un roi malveillant) avec plus ou moins de bonne volonté.
La Sword, en fait appelée Sword and sorcery (l’épée et la sorcellerie), est une catégorie de l’Heroic Fantasty. Comme dans ce sous-genre de la Fantasy, le héros est au centre du récit et il évolue dans un univers imaginaire. La Sword and sorcery est plus violente que l’Heroic Fantasy et le héros est souvent amoral. On se bat à l’épée (sword) ou avec des sortilèges (sorcery).

La Quest, que l’on peut traduire par quête (trop facile Very Happy ), correspond à la « mission » que le héros doit accomplir, à la raison pour laquelle il vit ces aventures. Cette quête se retrouve dans quasiment tous les récits d’Heroic Fantasy.

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