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jeudi 13 janvier 2011

Un lieu incertain de Fred Vargas


Un lieu incertain
de Fred Vargas

Éditions J'ai Lu
Paru en octobre 2010


Présentation de l'éditeur :

Adamsberg doit se rendre à Londres pour participer à un colloque. Le jeune brigadier Estalère et Danglard, qui est effrayé à l'idée de passer sous la Manche, font également partie du voyage. Un événement macabre alerte Radstock, leur collègue de New Scotland Yard.


Chronique de MilieWB :

Lorsque l’Europe a ouvert ses frontières, les marchandises ont circulé plus librement. Les assassins aussi. C’est ce que nous démontre Fred VARGAS dans son polar sobrement intitulé « Un Lieu Incertain », une nouvelle aventure du commissaire Adamsberg. Les cercueils absents des trous béants de la couverture ouvrent un mystère sombre et inquiétant que le policier va devoir pénétrer. Et dans lequel il va nous emmener…
Car Adamsberg a la capacité implacable des gens de talents : une absence totale de méthode, rendue de toute façon inutile par un instinct hors du commun.
Est-il détaché, désabusé, cet enquêteur qui parle des corps morts sans émotion mais se met sérieusement en retard afin d’assister la chatte d’un manchot à mettre bas ?
Entouré d’une équipe haute en couleurs, Adamsberg a ce flegme nostalgique du temps où les policiers n’étaient pas encore des flics. Entre un alcoolique érudit et protecteur, un vendu par la force des choses, un bleu pas trop futé et une inspectrice « qui en a deux », l’équipe du commissaire transmet au lecteur une sympathie agréable, qui tranche avec l’ambiance sombre.

De la couverture du livre à l’humeur du commissaire, c’est bien souvent un camaïeu de gris qui transparaît. L’histoire débute à Highgate, le cimetière Londonien cher au cœur des amateurs de Dracula. L’évocation est d’autant plus savoureuse qu’elle effleure le fondateur du vampirisme littéraire, Bram Stoker, non plus en tant qu’auteur mais en sa qualité d’humain crédule. Un clin d’œil rapide pour nous emmener sur la piste d’un folklore vampirique inédit et innovant. Car l’auteure se sert de légendes aux dents longues pour nourrir son récit, sans pour autant verser dans les crocs sanguinaires.

C’est en effet un polar dont le folklore n’est rien de plus. Ce sont les croyances des peuples qui forment les mythes et non les mythes qui découlent de l’existence de monstres. Un vrai polar donc, mâtiné de fantastique légendaire mais non avéré.

Si les situations sont souvent sombres, l’atmosphère ne l’est pas pour autant. On découvre un style plein d’humour, par moment savoureusement noir. Les dialogues sont soignés, avec de nombreuses répliques qui font mouche et des quiproquos linguistiques qui prêtent largement à sourire.
Bien que l’intrigue tombe par moments dans la facilité, elle n’en est pas moins apte à tenir en haleine le lecteur.

C’est le frisson qui manque un peu finalement. On nous décrit des crimes atroces, des mises en scènes macabres mais nos poils peinent à se hérisser, d’autant que l’histoire s’étire parfois un peu trop.

Pourtant c’est une lecture agréable qui a en plus le mérite d’être originale dans son traitement du vampire. C’est ici un mythe qui perdure, une tare héréditaire que les serbes, dans l’histoire, ont une manière bien précise de tuer, loin du romantique pieu dans le cœur. Quant au héros, bien qu’usé, il s’humanise au fil du récit, en découvrant, paradoxalement, des crimes inhumains.
Un bon moment de réflexion donc, qu’on ne peut que recommander et qui laisse une agréable sensation de découverte lorsque l’on referme le livre.

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