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vendredi 11 janvier 2019

Les filles de Roanoke, de Amy Engel


Les filles de Roanoke
de Amy Engel

Éditions J'ai lu

Sortie le 3 octobre 2018
Format poche / 379 pages / Prix 8,00 €


Présentation de l'éditeur :

Après le suicide de sa mère, Lane, 16 ans, est confiée à la garde de grands-parents dont elle ignorait l'existence. A son arrivée au domaine des Roanoke sous la chaleur étouffante du Kansas, au milieu des champs de blés, elle est à la fois fascinée et troublée. Car il plane sur le royaume des Roanoke une atmosphère morbide : toutes les filles de la lignée ont connu des fins tragiques. Quand la cousine de Lane disparaît dix ans plus tard, la jeune femme se lance à sa recherche, sans se douter un seul instant qu'elle va déterrer le plus terrible des secrets de famille. Dans ce roman d'une noirceur magistrale, Amy Engel distille avec talent le poison des non-dits.


L'avis de Lila :

Ce roman d'ambiance possède de nombreuses qualités, mais aussi quelques faiblesses.
Côté points forts, il faut d'abord relever la plume d'Amy Engel : directe, crue, incisive même. Lane, puisque c'est elle qui nous raconte l'histoire, est aussi intransigeante avec elle-même qu'elle l'est avec le lecteur. Sans jamais tomber dans le gratuit, elle ne nous épargne rien, nous prenant pour témoins des événements relatés. Tout comme elle, et d'autres personnages, on observe le poison se distiller progressivement dans Roanoke et chacun de ses habitants, avec un curieux mélange de fascination et de répulsion.
L'ambiance et les lieux sont extrêmement bien dépeints. Pendant la lecture, on perçoit presque la chaleur écrasante autour de nous, le bruit d'un climatiseur inutile qui bourdonne au loin. Pourtant, l'auteur ne nous embarrasse pas de descriptions à n'en plus finir, elle trouve toujours un mot ou une phrase suffisamment éloquents pour nous immerger dans le décor.

L'histoire se déroule sur plusieurs timelines, certaines concernant Lane à différentes époques de sa vie, tandis que d'autres nous présentent les autres femmes de la famille lors de moments clés à Roanoke. On découvre ainsi l'intrigue via plusieurs points de vue, mais celui de Lane est omniprésent, les autres permettent avant tout d'éclairer des éléments du passé, tel un puzzle répugnant dont les pièces s'imbriquent au fur et à mesure que l'on avance dans le récit.

C'est un roman qui nous happe et qu'on ne peut plus reposer avant de l'avoir fini. Pour autant, il n'est pas sans défauts.
Les personnages, et c'est sans aucun doute voulu par l'auteur, sont difficiles à apprécier. Les sentiments envers eux sont plutôt ambivalents, ce qui colle finalement bien à ce livre. Bien sûr, on est parfois ému par Allegra ou Lane, tout comme on peut comprendre leurs réactions et comportements, assez logiques. Mais est-ce que l'on s'attache à elles ? Dans mon cas, non. De même, si l'histoire, déroutante et malsaine, reste en tête longtemps après la lecture, on ne saurait en dire autant des personnages, moins marquants.

Quant à l'intrigue, il faut aussi reconnaître que l'on devine le plus gros dès les premiers chapitres. Les indices donnés par l'auteur sont suffisamment parlants pour qu'on comprenne immédiatement ce qu'il se passe réellement à Roanoke. Difficile de dire s'il s'agit d'un manque de subtilité ou d'un choix conscient de l'auteur... Pas de suspense de ce côté-là, même si le dénouement, celui qui concerne plus directement Allegra, réussira probablement à surprendre quelques lecteurs, car certains détails étaient moins aisés à deviner.

La lecture est prenante, on tourne les pages avec curiosité et fascination, mais les quelques défauts de ce livre ternissent légèrement l'histoire. Il n'en demeure pas moins que ce roman d'ambiance est excellent. Amy Engel nous embourbe dans la crasse et la chaleur suffocante de Roanoke avec talent et nous force à regarder l'horreur en face. Pendant la lecture, on se sent parfois comme ces automobilistes ralentissant pour observer une voiture accidentée, curieux d'en savoir plus, mais gênés malgré tout de céder à cette curiosité malsaine.


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