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lundi 4 avril 2011

Contes Méphitiques

Contes méphitiques 

Anthologie fantastique - Collectif

Editions J'ai Lu

Sorti le 09 mars 2011
Petit format / 286 pages / 7,10€


Présentation de l'éditeur


" Ce jour-là, je quittai la maison de la mort, en proie à un indescriptible sentiment d'horreur. Il me semblait que j'étais à peine éveillé. J'entendais et je voyais les choses comme sous l'emprise d'un cauchemar, " Une épouse est menacée par une revenante, un hypnotiseur ensorcelle une jeune fiancée, une femme-oiseau use de la " fleur du cauchemar " pour endormir son mari et se livrer à des pratiques occultes... Dans ces onze contes noirs, où la magie et l'épouvante règnent en maîtres, démons et fantômes s'infiltrent dans vos maisons, s'agrippent à vos draps, s'immiscent dans vos rêves... et vous empêchent de fermer l'oeil.
Avis d'Asmodée

Contes méphitiques… Derrière la consonance de ce titre à l'horreur grandiloquente, se cache une anthologie hantée par onze nouvelles. Chacune d'entre-elles se voit imprégnée d'une délicieuse aura désuète et morbide, pleine du charme d'antan. Pas moins de sept auteurs vénérables prêtent leurs plumes au service de cet ouvrage faisant une place d'honneur au beau langage et aux superstitions de l'âme humaine. On retrouve ainsi de grands noms de la littérature du XIXe siècle, avec entre autres Joseph Sheridan Le Fanu, Robert Louis Stevenson ou Lord Dunsany.

Résolument ancré dans le fantastique théâtral de par son contexte, bien souvent macabre dans les thèmes abordés, ce recueil se plaît à surprendre ses lecteurs au détour de textes sombres et rares. La Mort, fatalement, fait partie des sujets les plus récurrents au sein de l'anthologie. C'est notamment dans la funeste échappatoire du trépas que l'immoral Lord Glenfallen, dans Un chapitre de l'histoire d'une famille de Tyrone (Le Fanu) trouvera son ultime recours. Cette nouvelle fait partie de mes favorites, tant son atmosphère gothique et son intrigue nous happe tout entier dans la désillusion du mariage de Lady Glenfallen.

Si La Mort rôde dans Contes méphitiques, la crainte de la damnation se réclame également comme un sujet fertile et source d'appréhension dans de nombreux récits figurants au sommaire. C'est en l'occurrence la toile de fond des deux récits écrits par James Hogg. Dans L'expédition de Georges Dobson en enfer, on assiste aux déconvenues d'un conducteur d'attelage qui cherche à tout prix à se soustraire au séjour en enfer auquel il semble promis. Le Familier des tourbières noires, quant à lui, est un conte narrant la déchéance de l'épouse d'un Laird, qui obstinée à se venger d'un de ses serviteurs, va finir par tomber entre les griffes mêmes du Diable. Un récit fantastique qui revendique aussi un certain humour sarcastique.

Autre aspect à souligner dans Contes méphitiques : le rêve ! La dimension des songes se fait porteuse de noirs présages au fil des histoires. Dans Le rêve de l'ivrogne, de Le Fanu, les rêves augurent l'enfer à un charpentier ayant mené une vie de peu de bien. Thème que l'on retrouve dans Sandy le rétameur, de Charlotte Riddell, où c'est une fois encore par le biais des songes qu'un révérend se voit poser un sinistre ultimatum : jeter en pâture une de ses ouailles en enfer, ou se voir condamner pour l'éternité. Et que pourrait-on dire de la nouvelle Aux flux et reflux des marées (Lord Dunsany), où un infortuné dormeur pris dans l'étreinte de Morphée endure la plus troublante des expériences morbides.

Si les ambiances inquiétantes ainsi qu'une inéluctable fatalité sont les points communs des contes de l'ouvrage, leur exhaustivité dans les situations dépeintes et les frissons instillés restent tout autant à saluer. L'extraordinaire dans certaines nouvelles survient parfois au profit du quotidien le plus banal, comme cela est le cas de L'homme au nez, de Rhoda Broughton. Lors du voyage de noce d'un jeune couple, la mariée est en proie à des visions dans lesquelles apparaît un inconnu pourvu d'un nez singulier.

De l’Écosse à l'Italie, en passant par l'Angleterre et ses campagnes austères, l'exploration de nos peurs ne souffre aucune frontière. Avec Les confessions de Pelino Viera, William Henry Hudson nous convie sous le soleil d'un domaine au Portugal pour suivre les déboires d'un jeune argentin manipulé par une vieille sorcière avide de vengeance. L'histoire qui m'a peut-être le moins marqué est celle de Robert Louis Stevenson, La Tordue. Celle-ci, non sans une touche d'humour, narre le traumatisme subit par un révérend lorsqu'une femme âgée se relève d'entre les morts.

Cette anthologie offre une lecture agréable. Chaque œuvre brosse au préalable le portrait de son auteur et du parcours qui fut sien, avec anecdotes à l'appui. Les lecteurs qui affectionnent la littérature de style XIXe se délecteront de la prose raffinée et feutrée typique de cette époque. Les amateurs d'ambiances gothiques, de diableries et de frissons hallucinés ne pourront qu'être ravis : Contes méphitiques est fait pour eux !

Lover Unleashed


La Confrérie de la Dague Noire,
Tome 9 : Lover Unleashed
J.R. Ward

Editeur : NAL
Sortie US : 29 mars 2011


Synopsis (trad de Tan) :

Payne, sœur jumelle de Vishous est taillée dans le même moule que son frère, elle est sombre et séduisante. Emprisonnée pendant une éternité par sa mère, la Vierge Scribe, elle gagne finalement sa liberté mais subit aussitôt une blessure dévastatrice. Le médecin Manuel Manello est chargé par la Confrérie de la sauver car il est son seul espoir. Quand le chirurgien humain et la guerrière vampire se rencontrent, leurs univers se heurtent alors que nait entre eux une passion indéniable. Avec tant d'obstacles contre eux, l'amour se révèlera-t-il plus fort que leurs origines et la physiologie qui les séparent ?

Avis de Tan

Quand JR Ward a annoncé que le 9ème tome de La Confrérie de la dague noire serait sur Payne et Manny, on était en droit d'être un peu surpris et sceptiques. Manny était un personnage très secondaire croisé au détour d'un couloir d’hôpital, également ancien collègue de Jane qui avait un gros faible pour elle à l'époque. Autant dire qu'il n'avait pas vraiment eu le temps de faire forte impression. Pour le compléter, on retrouve Payne, la sœur de V, qui, pour le coup, a su se faire vraiment remarquer dès son apparition. Comme pour l'histoire de Butch, les rôles sont inversés puisque lui est humain et elle vampire et qu'il va bien falloir trouver une solution à leur différence de taille. Amour impossible quand tu nous tiens. Les similitudes avec Lover Revealed seront d'ailleurs multiples par la suite. Les événements de ce livre reprennent exactement à la suite du tome 8. Payne est en passe de perdre l'usage de ses jambes pour toujours et envisage déjà une solution radicale ; Manny est un chirurgien orthopédique ultra-talentueux. Accessoirement il a aussi un cheval qui vient de faire une chute lors d'une course et qui est bien parti pour ne pas s'en relever malgré les efforts des vétérinaires. Le parallèle est un peu trop évident dès le départ. Par contre, l'ambiance claustrophobique de la clinique créée par l'auteur pour faire écho à l'enfermement forcé de Payne est plus subtile et tout à fait réussie. L'envie de sortir prendre l'air devient contagieuse assez rapidement.

Le gros problème avec ce tome c'est qu'il ne s'y passe globalement rien d'intéressant. Le début est très lent mais soit ! il faut le temps de tisser les liens entre nos deux amoureux. En ce qui concerne les liens avec le lecteur, il en va autrement. Dans l'ensemble, la sauce ne prend pas. Manny n'arrive pas vraiment à faire monter la température à lui tout seul, même si physiquement il s'intègre plutôt bien dans le paysage. Il a quelques bons moments malgré tout, notamment quand il tient tête aux frères et tout particulièrement à V avec qui les relations sont tendues dès le départ. Forcement Payne est sa "petite" sœur. Il trouve aussi sa place auprès de Jane dans la clinique quand les choses chauffent un peu avec les Lessers. Mais sa relation avec Payne manque cruellement de ce qui a fait le succès des livres précédents. La grande innocence de cette dernière en matière de sexe rend les scènes "intimes" plus humoristiques qu'autre chose et c'est quasiment impossible de les prendre vraiment au sérieux ou de les trouver mignons.
Heureusement qui dit Payne dit V et Lover Unleashed est au final aussi bien un tome sur Manny et Payne qu'un deuxième opus sur V et Jane (et accessoirement V et Butch). On pensait que tout était réglé et qu'ils vivaient sur leur petit nuage rose comme les autres couples de la maison mais on se rend vite compte qu'une distance continue à exister entre eux deux et que celle-ci met en danger leur relation. Le hic c'est que ça n'est pas tout à fait raccord avec les impressions laissées par le tome 5, Lover Unbound. Jane semble redécouvrir les préférences extrêmes de son mâle et fait des scènes. Elle en devient méconnaissable. Et au final, le nouveau V semble perdre de son piquant en résolvant ses problèmes. Ça n'est pas dit que le public soit tout à fait convaincu par ces changements.

Peut-être que les amateurs de romance paranormale y trouveront leur compte. Les autres qui sont plus là parce qu'il y a d'habitude une vraie intrigue autour des histoires d'amour en seront pour leurs frais. Difficile de prendre beaucoup de plaisir quand 50% du temps les hommes bandent, se paluchent, éjaculent à foison et qu'en plus l'essai n'est pas forcément transformé dans la foulée. Ne parlons même pas de la scène de l'hôtel qui semble tout droit sortie d'un film porno. (Veut-on vraiment savoir ce que JR Ward fait de ses premiers samedi soir du mois ?) Certes Xcor et ses hommes ne sont pas des enfants de cœur mais la preuve par l'image était peut-être de trop (surtout en comparaison des autres scènes de sexe du livre qui sont loin d'être à la hauteur). Ce tome semble être le livre de la facilité. Tout est linéaire. JR Ward met en place toute une série de fils conducteurs mais les scènes clés qui auraient dû pimenter les choses n'arrivent tout simplement pas. Qu'il s'agisse de la confrontation avec Xcor, de LA scène entre V et Butch qui est amenée d'une façon telle qu'on ne peut être que déçu par le résultat final ou du couple Qhuinn / Blay qui végète. L'auteur semble embrasser pleinement les ondes gay de ses personnages mais ne délivre pas les scènes tant attendues. De même, l'enquête policière qui se développe en parallèle avec José et son nouveau collègue laisse assez dubitatif. Plus intéressant par contre, c'est qu'à travers l'histoire de Payne, on en apprend plus sur V et on revient sur les drames familiaux qui ont fait d'eux ce qu'ils sont aujourd'hui. Ça permet aussi d'introduire de nouveaux guerriers hardcore avec à leur tête Xcor, fils proclamé de The Bloodletter. Vengeance et ambition sont au programme et l'Omega et ses Lessers semblent s’éclipser complétement au profit d'un nouvel ennemi venu de l'intérieur de la race. Un vent frais qui est loin d'être déplaisant après 8 tomes, il faut l'avouer. Mais qui ne suffit pas à sauver le navire du naufrage malheureusement.

De nos grandioses métamorphoses

De nos grandioses métamorphoses
de Céline Natale


Editions Velours

Sortie le 1er mars 2011
Grand Format / 540 pages / 22,50 €



Présentation de l'éditeur :
Présentation éditeur
Quand plus rien ne parait accessible,
Quand la vie elle même n'a plus de sens,
Dans un sursaut d'espoir on peut décider de tout recommencer.
Alors, soudain, quelque part ailleurs,
Sans s'y attendre, quelque part quelqu'un,
Et l'existence de nos métamorphoses grandioses que l'on avait oubliée nous revient.
uatrième de couverture

D'abord, elle avait eu envie de s'évader de la ville de New-York et de tirer un trait sur son passé.
Ensuite, elle avait ressenti le désir, presque un besoin viscéral, de se retrouver.
Jasper, petite ville tranquille du Canada, bordée par les Rocheuses, lui avait semblé être l'endroit idéal pour s'affranchir de sa quête.
Pourtant, un mois plus tard, Logan, vingt-trois ans, se fait agresser sauvagement puis secourir par un inconnu qui connait son prénom...
Elle sait, tout au fond d'elle, que cette soirée la marquera à vie.
Et tandis que les crimes et les disparitions se succèdent, que Jasper sombre peu à peu dans le cauchemar et que le piège se referme toujours un peu plus sur elle, de grandioses métamorphoses s'opèrent en silence.

Avis de Kamana

Céline Natale nous offre un très beau roman, une histoire singulière mais ô combien riche.

Logan veut fuir son passé…
Elle commence une nouvelle vie à Jasper, au Canada, où elle accepte un poste de simple chroniqueuse dans un journal local.

Suite à une vague d’étranges disparitions et de meurtres sanglants, elle se voit offrir une promotion et travailler en équipe avec quatre collègues, dont Maggie qui est devenue sa meilleure amie. Ensemble, ils doivent trouver des informations pour garnir la une du journal et ainsi informer la population sur ces actes d’une rare cruauté.

En rejoignant sa voiture, ce soir là, Logan se fait sauvagement agresser dans un parc. Heureusement, un homme vient la défendre et la sauver. Cet homme la regarde… Cet homme la bouleverse… Cet homme… chut !

Tout d’abord, vous serez conquis par la plume élégante de Céline. Ensuite vous serez happés par la personnalité de Logan. Enfin vous serez captivés par l’histoire en elle-même.
L’auteure sait jouer avec nous, dispatchant ça et là des informations. Que ce soit sur le plan du suspense ou celui de la romance, tout est bien orchestré. Les notes s’enchaînent parfaitement pour nous donner une mélodie douce-amer, emplie d’amour et de tristesse mêlées.

Ce livre est l’histoire de Logan. Tout est centré sur elle, sur sa force, ses faiblesses, sur son passé, son présent. Nous l’accompagnerons tout le long, partageant toutes ses émotions, ses doutes, ses croyances. Cette jeune femme blessée par la vie tente de se reconstruire et de donner un sens à son existence. La narration à la première personne renforce notre lien avec elle.

De la découverte d’un monde imaginaire en découlera la plus belle rencontre de sa vie mais aussi la plus douloureuse car il lui faudra faire des choix entre son devoir professionnel et ce que lui dicte son cœur, entre rester dans sa coquille ou s’ouvrir aux autres. Logan ne ressemble à aucune héroïne d’urban fantasy. Elle n’est dotée d’aucun pouvoir et ne combattra pas physiquement comme certaines filles d’autres romans. Son rôle se cantonnera avant tout à l’acceptation de soi, des autres, de leurs différences quelles qu’elles soient. La loyauté et la confiance seront les maîtres mots de cette magnifique et incroyable histoire d’amour.

Pour ne rien gâcher c’est au cœur d’un somptueux décor qu’évoluent les personnages. Jasper située aux pieds des Rocheuses, nous apparaît comme un paradis dans son écrin de verdure et de lacs limpides. Bien que le froid transparaisse dans les mots de l’auteure, la majesté du parc naturel et du panorama étalée sur les pages nous donne un sentiment de quiétude, de sérénité malheureusement brisé par les massacres commis. Nous souhaitons, tout comme nos amis, retrouver les coupables et redonner à ce lieu la paix qu’il inspire. Sur ce point d’ailleurs, se situe la seule fausse note du roman. Les carnages perpétrés et l’enquête qui s’en suit appelaient à plus de détails sur le pourquoi de toute cette horreur. L’auteure en a décidé autrement. Il ne faut lui en tenir aucune rigueur, surtout que le reste est très bien orchestré : l’écriture, le décor, les personnages même secondaires nous seront intimes.

La mutation au cœur de notre monde se fait tous les jours. Dans le règne végétal elle est flagrante tout comme pour certaines espèces animales, comme le papillon. Celle de l'homme, bien plus complexe, est surtout psychique. Et si nous passions à côté d'une des plus époustouflantes métamorphoses, de celles qui peuplent nos rêves...

Un premier roman doux, mélancolique parfois, beau mais aussi cruel. Nos sentiments seront exacerbés aussi bien dans la joie que dans la peine.
Céline Natale est une auteure à suivre qui deviendra, j’en suis sûre, incontournable dans la littérature fantastique française.