Webzine Hors Série de Bit-Lit.com : Harry Potter

mercredi 3 avril 2013

Les Lames du Cardinal de Pierre Pevel

                                     Les Lames du Cardinal
                                                        Auteur : Pierre Pevel
                           Editions : Folio SF / Paru le 31 janvier 2013
                           Format poche, réédition / 400 pages / 7,50€















Présentation de l'éditeur

1633, sous le règne de Louis XIII. Le cardinal de Richelieu veille à la bonne marche du royaume de France, de plus en plus menacé par l'Espagne et par ses alliés : les dragons. Or, à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels : le Cardinal se voit contraint de faire appel à une compagnie d'élite qu'il avait lui-même dissoute. Sous le commandement du capitaine La Fargue, les bretteurs les plus vaillants et les plus intrépides que possède le royaume sont ainsi réunis pour former à nouveau les redoutables Lames du Cardinal. Premier tome d'une série qui rend brillamment hommage aux meilleurs romans de cap et d'épée, Les Lames du Cardinal est une oeuvre de fantasy historique remarquable, justement récompensée par le prix Imaginales des lycéens 2009 en France et le Morningstar Award 2010 du meilleur nouvel auteur en Grande-Bretagne, puisque le livre a déjà été traduit en anglais ainsi que dans neuf autres langues. 

Avis d'Asmodée

Longtemps restreinte à la catégorie des sous-genres, la fantasy gagne actuellement ses lettres de noblesse au panthéon littéraire. S'il nous est possible d'observer un pareil phénomène, c'est en partie grâce à la plume aussi novatrice qu'inspirée d'auteurs tels que Pierre Pevel. Une prose ciselée au service d'un récit haletant, le premier tome des Lames du Cardinal nous transporte vers une aventure palpitante digne de l'âge d'or des films de cape et d'épée. Aventure, espionnage, action, sentiments… Le moins que l'on puisse dire est que ce roman magistral, récemment réédité chez Folio, n'est pas avare en émotions.

En cours de lecture, force est de constater l'élégance avec laquelle Pierre Pevel nous décrit les intrigues politiques auxquelles s'adonne le cardinal de Richelieu, face à la Cour d'Espagne et aux dragons qui tentent par divers complots de faire main basse sur le royaume de France. Le souci du détail qui transpire dans chaque ligne écrite par l'auteur parvient à nous peindre un XVIIe siècle haut en couleur, tour à tour poétique, mystérieux ou inquiétant avec le spectre des Dragons Ancestraux. On devine au fil des chapitres l'important souci de documentation qui alimente un récit mené tambour battant de la première à la dernière page, car même la dernière ligne du roman parvient à tenir en haleine.

Toutefois, l'aspect historique qui filtre à travers Les Lames du Cardinal ne laisse pas moins la place à un imaginaire du meilleur cru, avec la présence de dragons se dissimulant parmi les populations humaines sous forme d'hommes et de femmes, de dragonnets domestiqués, d’artéfacts magique... Pierre Pevel insuffle la vie à des personnages empreints de mystère et de charisme mêlés qui, quel que soit le camp auquel ils appartiennent, les rend attachants et justifie les motivations qui les animent. Chacun possède un passé, des sentiments, des qualités et des faiblesses, une spécialité au sein du groupe des Lames… Bien que le roman est accessible au plus grand nombre de lecteurs, on retrouve l'intelligence de certains rouages propres à l'univers des jeux de rôle.

Il y aurait tant à dire sur ce premier tome des Lames du Cardinal. Impossible de passer sous silence  son ambiance à la fois réaliste et épique, les multiples rebondissements qui ponctuent les chapitres, l'élaboration méticuleuse des relations qui lient les protagonistes… Pierre Pevel rend ici un hommage flamboyant à Alexandre Dumas, en prenant pour décor des grands événements historiques. Si ce n'est déjà fait, lire les aventures du capitaine Lafargue et des siens au service du Cardinal de Richelieu s'impose à tous les épris d'imaginaire. Un roman qui fait aimer la fantasy.


Rencontre avec Sylvia Day au Salon du Livre de Paris 2013

Rencontre avec Sylvia Day au Salon du Livre de Paris 2013

Lors du Salon du Livre de Paris, nous avons eu la chance de rencontrer, avec d'autres blogueuses, Sylvia Day, l'auteur de la série à succès Crossfire. Une chance parce que cette femme est vraiment incroyable : très sympa et accessible. Nous l'avons donc interrogée sur sa série, ses personnages mais aussi sur ses lectures et ses autres livres. Voici le compte-rendu de notre rencontre...

P.S. : Je lui ai demandé si elle avait le numéro de téléphone de Gideon et elle m'a répondu que non ! Je suis sûre que vous êtes aussi déçus que nous !




À propos du nombre de livres que contiendra la saga Crossfire :

Il n’a jamais été prévu que Crossfire soit une trilogie. Au départ, il était question de deux livres au moins, et peut-être plus par la suite. Quand Sylvia Day en a été rendue à la moitié de ce qui était prévu, elle a contacté son éditeur pour lui dire qu’elle ne pourrait jamais finir en trois romans ! Ce sont les éditeurs internationaux qui ont supposé que ce serait une trilogie, comme Fifty Shades of Grey, mais Sylvia Day ne se pose aucune limite particulière. Elle a précisé qu'aux États-Unis, on ne parlait pas de trilogie. Cependant, il y aura une « fin » en quelques sortes dans les dernières pages du tome 3, car beaucoup de choses seront résolues et certains lecteurs pourront tout à fait s’arrêter là. Néanmoins, il restera des questions auxquelles les tomes suivants répondront, en particulier en ce qui concerne les personnages secondaires. 


À propos de l’homme idéal que décrit souvent la littérature américaine :

« Je ne dirais pas que Gideon est l’homme idéal (rires), il est plutôt bousillé ! » a répondu Sylvia Day. « Je ne suis pas sûre que beaucoup d’entre nous seraient rassuré(e)s à l’idée de dormir avec lui. » a-t-elle ajouté.
Cependant, il est vrai qu’il y a une part d’idéal en lui. Selon Sylvia Day, les héros de romance doivent avoir des défauts, sinon il n’y a rien à aimer chez eux ; il est dur d’aimer quelqu’un de parfait. Ce dont on tombe amoureuse est la façon dont l’autre personne lutte pour devenir meilleure. 
D’un autre côté, il faut qu’il y ait une part d’idéal pour que ça n’engendre pas des problèmes (par exemple un héros qui aurait des difficultés à joindre les deux bouts) qui nous emmèneraient loin de la romance. Le plus souvent les auteurs préfèrent enlever ce genre de choses de l’équation pour pouvoir se focaliser sur l’histoire qui se développe entre les deux protagonistes. Et bien sûr il y a la notion de fantasme... 
Certains hommes qui ont lu Crossfire ont dit pouvoir s’identifier à certains aspects de la personnalité de Gideon. Ils ne pensaient pas lire Crossfire au départ, puis une collègue, une petite-amie, leur femme, une amie, leur a offert et ils ont vu que le mec était sublime, doué au lit et ils se sont dit « Qui est-ce mec ?! ». Mais après avoir lu tout le livre, « Il est vraiment bousillé, j'arrive à le comprendre » ont-ils dit. Il est socialement inapte, il n'est vraiment pas doué pour parler avec les gens, il est brutal avec les autres, il devient vulgaire et agressif parce qu’il ne sait pas comment se comporter avec les autres. Il ne sait absolument pas comment avoir une vraie relation ou une petite-amie. En définitive, les hommes ayant lu le roman l'ont donc trouvé sympathique, « Je peux tout à fait m'identifier à ce mec » ont-ils dit, « Moi aussi j'ai du mal à parler aux filles ».
Au final, il faut trouver le juste dosage entre fantasme et réalité de manière à ce qu’on puisse tomber amoureuse du personnage. On tombe amoureuse de Gideon parce qu’il est bousillé.


Sur le passé des personnages, qui ont été abusés sexuellement :

Le premier tome de la saga Crossfire est le 16ème roman de Sylvia Day, et ce n’est pas le premier où il est question d’abus sexuels. Dans Seven Years to Sin, qui est le livre qui a inspiré Dévoile-moi, l’héroïne a subi des violences de la part de son père par le passé. Le format typique d’une romance consiste en un livre unique, et il n’y a pas la place d’écrire une histoire assez approfondie lorsque l’on traite de sujets comme celui-ci. C’est pourquoi Sylvia Day a voulu écrire la saga Crossfire.
La dynamique de la saga se base autour du fait qu’une personne qui a certains problèmes peut avoir développé des mécanismes défensifs qui affectent l’autre personne, elle aussi malmenée par la vie, de manière très négative. C’est sûr, c’est très sombre, mais le but est vraiment de trouver la réponse à la question suivante : « Si j’ai appris à survivre de cette manière, mais que ça te rend malheureuse, comment pouvons-nous avoir une relation saine ? ». Les choses que fait Gideon pour rester dans sa zone de confort sont justement les choses qui font fuir Eva. Il faut alors apprendre de nouveaux mécanismes de défense vis-à-vis de son passé pour pouvoir être avec la personne avec qui on veut être. Et c’est une chose que Sylvia trouve très intéressante. Elle écrit parce que cela la fascine ; quand on est si marqué par la vie, peut-on tomber amoureux et vivre avec une personne aussi endommagée que soi ?

Sylvia Day a réalisé de nombreuses recherches sur le sujet des abus sexuels, elle voulait retranscrire quelque chose qui soit fidèle à la réalité. Elle a reparlé de la scène dans le premier livre où Gideon est au dîner de bienfaisance et qu’il dit qu’un homme sur six a été victime d’une façon ou d’une autre et c’est une vraie statistique. Donc quand elle a écrit son livre, elle voulait, pour ces gens, raconter quelque chose de correct, de vrai. Elle a interviewé de nombreux hommes et femmes, et la manière dont ils ont été abusés se manifestait par une multitude de symptômes différents. De nombreuses victimes portent des marques de scarification comme Cary (il se fait beaucoup de mal à lui-même) ; la manière dont se comporte Gideon, à qui la scarification n'était pas applicable, est un autre exemple de séquelle. De nombreuses personnes à qui Sylvia Day a parlé ont passé des années à se scarifier. Et, encore une fois, c’est le cas de Cary, mais Sylvia Day travaille sur lui, Eva aussi, et Cary se rétablit doucement mais sûrement. Et c’est une des raisons pour lesquelles elle ne pouvait pas uniquement faire deux livres, parce que tous les personnages secondaires ont leur histoire à résoudre. Même si Eva et Gideon vont aller mieux, ils ne pourront pas être heureux tant que toutes les personnes dans leur vie n’iront pas mieux. La famille de Gideon est un désastre et parce que toutes ces personnes, qui sont vitales à l’histoire, sont importantes pour Eva et Gideon, il faut qu’ils aillent mieux pour qu'ils puissent être heureux. Si il n'y avait eu qu'Eva et Gideon, Sylvia Day aurait pu résoudre l'histoire en deux livres ; un pour Eva et un pour Gideon.


À propos de son procédé d’écriture :

Elle a mis ses autres projets en pause pour écrire la saga Crossfire. Elle n’arrive pas à planifier, cela dénature ses personnages tels qu’elle les avait imaginés au départ. De plus, elle écrit très linéairement et d’une traite. De fait, elle découvre en quelques sortes l’histoire en même temps que le lecteur. C’est pour ça qu’elle ne sait pas combien il y aura de livres avant de s’asseoir et de les écrire. Elle précise aussi qu’elle a la chance de pouvoir écrire tous les jours.


À propos de ses autres romans : 

La plupart des romans de Sylvia Day sont des romances, bien qu’elle ait écrit une saga de Fantasy Urbaine, Marked, sous le pseudonyme de S. J. Day. Elle a d’ailleurs pas moins de douze éditeurs rien qu’aux États-Unis ! Tous ses livres ont un côté « sexy » ; elle avoue en riant ne pas arriver à tomber amoureuse d’un héros qui est mauvais au lit, elle a besoin d’un côté animal, elle ne peut pas voir un homme en tant que mâle Alpha s'il n'est pas capable de vous jeter sur le lit et de vous faire votre affaire.
Ses romances historiques se situent dans deux époques : Régence et Géorgienne. J'ai Lu est d'ailleurs en train de les traduire en français, à commencer par Seven Years to Sin !


À propos de son appréhension à la sortie de Crossfire :

Sylvia Day pensait que personne ne lirait Dévoile-moi parce que c’était trop sombre, que les gens n'allaient pas aimer et que, de fait, personne ne le publierait en l'état, sans lui demander de changer certaines choses. Elle l’a donc sorti en autoédition et a été très surprise devant l’engouement qui est né. Le roman a ensuite été repris par une maison d’édition.


À propos de Gideon :

En anglais, on prononce « Gui-di-onne » ! La signification du prénom « Gideon » est « celui qui fauche ses ennemis » et ça lui allait très bien parce que c'est un guerrier et qu'elle ne l'imagine pas avec un autre prénom, c’est pourquoi Sylvia Day l’a choisi. C’est une auteure qui s’attarde sur la signification des prénoms. Elle a d'ailleurs une liste de noms de héros qu'elle aimerait bien utiliser dans un livre et elle pioche dedans. Mais beaucoup de monde lui demande pourquoi elle a choisi « Gideon » et elle répond « Quoi, mais c'est sexy comme prénom ! ».
Physiquement, Gideon est en fait basé sur une personne bien réelle que Sylvia Day a aperçue alors qu’elle était à New York. Il s’agissait d’un homme en costume, beau comme un Dieu, qui est sorti d’un immeuble et s’est arrêté sur le trottoir, mallette à la main. Elle s’est stoppée net et elle a dit « Holly shit ! Oh My God ! ». Il est ensuite monté dans une voiture et Sylvia Day s’est demandé qui pouvait bien être la fille qui l’attendait à l’autre bout du trajet. C’est aussi pourquoi la série se passe à New York, c’est parce que c’est là qu’il est vraiment. Et elle adore quand des lecteurs lui envoient des e-mails et lui disent « J’ai vu Gideon dans le métro », parce que tout le monde a son propre Gideon. Cet homme qui a inspiré Gideon s'est retrouvé dans le livre parce qu'il est issu d'une expérience de vie réelle, celle de s'arrêter net et de perdre son souffle lorsque l'on voit quelqu'un qui ressemble à ça. Et c’est la même chose pour la situation où l'on se retrouve dans un ascenseur, un espace petit et fermé, et que l'on croise un beau mec ; on se dit « Ouah, pourvu que l’ascenseur tombe en panne et s’arrête. »

Mais Gideon est également inspiré d'une personne réelle du point de vue de ce qu'il a vécu. Il est inspiré d'un cas qu'elle a étudié.
En ce qui concerne le personnage, il a été impossible, même à Sylvia Day, de le connaître vraiment avant le troisième opus, et encore.


À propos du monde de l’édition :

Les maisons d’édition aux États-Unis ne font pas de sondages pour savoir quelles sont les attentes des consommateurs comme on le fait dans les autres secteurs. Jusqu’à il y a peu, une maison d’édition vous dictait ce que vous aviez envie de lire. Maintenant, l’auto-publication est facilitée. C’est une bonne chose d’une part car le lecteur prend le contrôle, et d’autre part parce qu’il n’y a plus un mur de pierre entre auteurs et lecteurs. (La valeur ajoutée d’une maison d’édition à l’heure actuelle est la promotion.) « C’est une époque merveilleuse pour être écrivain, c’est une époque merveilleuse pour être lecteur » affirme Sylvia Day.


À propos d’une hypothétique adaptation audiovisuelle de la saga Crossfire :

Sylvia Day ne voudrait pas d’un film car le format lui semble trop court, mais elle voit d’un bon œil l’éventualité d’une adaptation sous forme de série télévisée. L’avantage de ce format est aussi que l’on peut suivre de manière approfondie les personnages secondaires. Elle trouve le travail qui a été fait pour True Blood / La Communauté du Sud ou encore Dexter très bon. 


À propos de Fifty Shades of Grey :

Sylvia Day trouve la saga super. Elle ajoute que ça a amené beaucoup de personnes à lire. Elle reçoit des e-mails de lecteurs qui lui disent qu'ils n'avaient pas lu depuis l'université quand ils sont tombés dans Fifty Shades et Crossfire. Maintenant, ils lisent et beaucoup ! Fifty Shades, comme d'autres, est une romance « new adult », dans l’air du temps. Ce genre fait apparaître des femmes qui servent d’inspiration à la montée du pouvoir, de l’indépendance féminine (« women empowerment »). C’est un genre qui ouvre de nombreux horizons et pour lequel il y a un bon marché. L’industrie de l’édition est en train de changer.


À propos de l’écriture d’un livre qui raconterait l’histoire du point de vue de Gideon :

Sylvia Day n’envisage pas de tout réécrire du point de vue de Gideon. Elle ne souhaite pas générer de bénéfices sur une histoire qui, au final, est déjà connue du lecteur.


À propos des scènes de sexes :

Une blogueuse ose une question sur la scène de l’ascenseur dans le premier livre, est-ce un fantasme pour Sylvia Day ? « Eh bien, euh, oui (rires). »

Souvent, Sylvia Day écrit des scènes de sexe complètement folles (où le langage de Gideon peut-être vraiment très cru) puis revient dessus plus tard. Dans un tel moment, un « Oh mon Dieu ! Je ne peux pas croire que j’ai écrit ça ! » lui échappe et elle allège la scène.
Dans le troisième opus, c’est au contraire l’éditeur qui lui a demandé d’ajouter une scène de sexe particulière. Sylvia Day n’était pas sûre que la place de cette scène se situe à ce moment précis, elle pensait que ça serait peut-être trop tôt, mais après discussion avec l’éditrice, elle a réalisé que celle-ci avait raison. Sylvia Day ne lui a cependant envoyé que la première partie ; l’éditrice a trouvé ça super. Mais cela reste un exemple qui sort de l’ordinaire, car Sylvia en fait plutôt trop que pas assez en ce qui concerne les scènes de sexe.

D'autre part, elle ne garde jamais une scène qui ne va pas à un endroit pour la mettre ailleurs. Parce que ce qui l'a conduit à écrire cette scène ne se reproduira pas de la même manière plus loin dans le livre. Cependant dans cette série, elle n'a rien coupé.


À propos d’elle en tant que lectrice et de ses auteurs préférés :

Les auteurs préférés de Sylvia Day sont Lisa Kleypas, Nalini Singh et Patricia Briggs. Mais elle adore également Nora Roberts (aussi connue sous le pseudo de J. D. Robb) — à qui elle a dédié Regarde-moi — en tant qu’auteur mais aussi en tant que personne, et elle est en particulier fan de sa série Eve Dallas. La bloggeuse Francesca lui fait d’ailleurs remarquer qu’il y a des similitudes entre Eve et Eva, et Sylvia renchérit en reconnaissant qu’il en existe aussi entre Roarke et Gideon.
Sylvia Day explique qu’elle a un besoin vital de lire. Il a été une période où elle lisait de moins en moins (parce qu'elle se sentait coupable de lire, elle avait des deadlines et elle culpabilisait de prendre du temps pour la lecture), et elle a constaté, avec le recul, qu’elle écrivait aussi de moins en moins. Au final, neuf mois se sont écoulés sans qu’elle écrive un mot. Son éditeur lui a dit de prendre des congés, de se ressourcer. À cette occasion, elle a ouvert un livre un peu au hasard... et l’a fini d’une traite. Ce n’était même pas une bonne romance et elle a raté des éléments de l’intrigue, mais elle y a pris du plaisir. Elle s’est ensuite attaquée à une second livre, puis à un troisième etc. Au total, elle a lu des douzaines de livres durant les deux semaines qui ont suivi. Elle a retrouvé ce sentiment qu’a une lectrice après avoir lu un livre génial et s’est rappelée que c’était pour ça qu’elle s’était mise à écrire de la romance à l’origine ! Pour que ses lectrices ressentent ce sentiment. Maintenant, elle fait de la lecture une priorité, cela passe avant les deadlines.


À propos de l’association « Romance Writers of America » :

Quand on lui a proposé d’en être présidente, elle n’y a pas cru. « Il y a surement des gens plus qualifiés ! » Elle a tout de même accepté cette présidence dont le terme est d’un an, et durera donc jusqu’à novembre 2013. Suite à la question d’une bloggeuse, Sylvia Day confirme que l’association, et le monde de la romance plus généralement, comporte bien des hommes ! Elle nous apprend également qu’aux États-Unis, c’est dans le secteur de la romance que l’on fait le plus de profits bien que le genre ne soit pas considéré comme de la vraie littérature. Un des axes d’action de Romance Writers of America est de faire reconnaître les auteurs de romance en tant qu’écrivains talentueux.


À propos de la relation dominant/dominé et du BDSM :

Sylvia Day le dit haut et fort, elle n’écrit pas de BDSM. « Il n’y a qu’un homme et une femme faisant usage de l’équipement que Dieu leur a donné ». Il n’y a pas d’accessoires du genre (sextoys, fouets etc.) dans la saga Crossfire. Il y a de très bons livres sur le sujet, mais dans ceux de Sylvia, les personnages ont des rapports sexuels pour la connexion émotionnelle que cela leur apporte. 
Gideon a peut-être un caractère dominant mais il n’est pas sadique et la notion de douleur est exclue de sa relation avec Eva.


À propos du fait qu’une personne au passé aussi marqué que Gideon puisse accéder à une fin heureuse ou non :

Il est très courant que deux personnes victimes d’abus sexuels se trouvent l’une l’autre. Elles se comprennent. Sylvia Day a lu sur le sujet nombre de très belles histoires et certaines lui ont été remontées par ses propres lecteurs. Ces lecteurs ont d’ailleurs envoyé des exemplaires de la saga Crossfire à leur famille pour tenter de leur faire comprendre pourquoi la relation qu’ils ont avec la personne qu’ils aiment contient tant de possession, tant de jalousie. Pour leur faire comprendre combien c’est dur pour eux et pour avoir leur soutien. 
Parmi les personnes que Sylvia Day a interviewées, la plupart ont trouvé quelqu’un et connaissent des jours heureux.


À propos des modèles et messages portés par la romance :

La mère de Sylvia Day a voulu qu’elle lise de la romance quand elle était jeune justement pour qu’elle voit ce qu’elle devait attendre d’une relation amoureuse. Dans les romances actuelles, le message est encore meilleur, car souvent les héroïnes sont à l’université ou travaillent, elles sont proactives. Ce qui est véhiculé est « soyez tout d’abord une femme accomplie, et, seulement ensuite, apprenez à construire une relation amoureuse ». Sylvia Day aime beaucoup la direction prise par la romance contemporaine.


Autre :

- Le deuxième roman était très dur à écrire. Elle était dans un état pas possible et son mari lui a même dit que ce livre allait la tuer.
- Le troisième tome est beaucoup plus positif. Elle a précisé qu’elle ne nous torturerait pas comme elle l’a fait dans le second livre.
- Dans le quatrième livre, (une partie de) l’action se situera à Paris, on y parlera de Corinne et de son mari.
- Les romances paranormales de Sylvia Day contiennent beaucoup de suspense.
- C’était la première fois qu’elle visitait Paris. Et elle a pu noter que le quartier français de la Nouvelle-Orléans avait repris beaucoup de choses de la France.
- Si on lui avait dit qu’elle aurait autant de succès, elle n’y aurait pas cru.
- Le roman auquel Crossfire rend "justice", Seven Years to Sin, comporte une scène se déroulant dans une calèche qui fait écho à celle de la limousine dans Dévoile-moi où Eva porte une robe rouge, comme l'héroïne de Seven Years to Sin dans cette "même" scène.
- Elle a commencé à écrire à 12 ans.
- Pour elle, ce sont les auteurs et les blogs qui doivent éduquer les lecteurs, pas les éditeurs, qui nous martèlent : « Si vous avez aimé Fifty Shades of Grey vous aimerez Crossfire, vous aimerez les livres érotiques d'Anne Rice ! »
- Elle pense que beaucoup de personnes essayent de rapprocher le fait que des femmes lisent de la romance érotique à la pornographie. Alors que les hommes qui abusent de la pornographie s'isolent et n'ont plus de relation, elle a eu des retours d'hommes qui disent que leurs femmes, au contraire, leur sautent dessus tout le temps. Les femmes ont une réaction totalement différente, elles ne veulent pas se détacher de la société.
- On lui a demandé de ce qu'elle pensait du fait qu'on dise que les femmes ont, après la lecture de romances, des espérances trop hautes par rapport aux hommes, incompatibles avec la réalité. Elle a répondu que son mari n'était pas Gideon et elle l'aime pour plusieurs raisons. Elle pense qu'on ne tombe pas amoureuse de ce qui est parfait chez quelqu'un mais de ce qui ne va pas. Elle n'a d'ailleurs jamais entendu une femme dire qu'elle n'a aucune envie d'être avec un homme réel parce qu'elle a un homme dans sa romance.
- Elle voit bien Gideon et Eva avoir des enfants, mais pas pour le moment. Et Eva est une fille intelligence et elle ne tombera pas enceinte par accident. Ils se marieront surement avant. Pour le moment, ils veulent juste prendre plaisir et passer du temps ensemble. C'est quelque chose (avoir des enfants) qu'ils planifieront à l'avance. Et ils devront lui demander son avis d'abord !

Un énorme merci aux éditions J'ai Lu pour cette superbe rencontre et à Sylvia Day pour ses réponses !

Rory & Jm-les-livres