Webzine Hors Série de Bit-Lit.com : Harry Potter

jeudi 4 août 2011

Mesdemoiselles de la Vengeance


Mesdemoiselles de la vengeance
de Florence Thinard

Éditions Folio Junior

Sortie le 17 mars 2011
Format poche / 308 pages / 7,30 €


Présentation de l'éditeur :
Au XVIIe siècle, quatre jeunes femmes se retrouvent, l'épée à la main, avec toutes le même désir : tuer le Commodore, le plus épouvantable des pirates, et venger leur honneur. Olympe, baronne de Haussy, noble captive, fuit l'incessante convoitise du Commodore. Nagîna, princesse du désert, cherche sa larme de Lune et n'aspire qu'à effacer l'infamie de ses blessures. Agathe, fine lame du royaume de France, veut punir l'affront fait à son père. Sylvine, vigoureuse paysanne, a vu les siens massacrés sous ses yeux. Patiemment elle attend son heure… De la bravoure, du panache, de l'éclat, pour ces quatre héroïnes lancées dans une aventure effrénée.


Avis de MilieWB

Des mousquetaires en jupons dont le courage n’a d'égal que le désir de vengeance et nous voilà partis pour un voyage au temps des pirates sur les côtes sauvages de la belle Charente à l'époque d'un certain Louis, Roi de France.

Au fil des pages couvertes d'une histoire plaisante, on se plonge dans un univers révolu mais ô combien attrayant.
L’auteur a le chic pour distiller des répliques cinglantes et pleines d’humour, peut-être difficiles, certes, à saisir pour les plus jeunes lecteurs, mais c’est un régal.

Pour parler de ce livre, il faut parler de ses héroïnes, au panache exceptionnel. Toutes différentes, de milieu, de couleur, de caractère, elles n’en sont pas moins complémentaires et nous replongent dans les rêves et les jeux de rôles de notre enfance.
Il y a aussi ce côté égalitaire, ou chacune, cuisinière ou noble, a droit à sa vengeance et est soutenue par les autres.
Bien sûr, le caractère d’Agathe est enviable : forte et indépendante, belle et sauvage, escrimeuse de talent, donnant néanmoins parfois envie de la protéger malgré sa répartie bien pointue. C’est sans doute celle à qui il est le plus facile de s’identifier. Quelle femme n’a jamais rêvé d’être aussi forte qu’un homme, voire plus, tout en bénéficiant, de temps en temps, d’un moment de soutien et de tendresse, d’allier à la fois la séduction et la ruse, qualités féminines, à la force et la ténacité, plus masculines.

Pourtant, chacune a son charme.
Olympe est un brin trop précieuse, mais elle est comme une poupée de porcelaine et l’on a envie de la protéger.
La cuisinière, Sylvaine, est sans doute la plus coriace, quoi qu’on en dise, aux vues de tout ce qu’elle a traversé en gardant sa raison intacte malgré un cœur déchiré à jamais.
Najina, la belle étrangère, contrainte de se cacher pour toujours derrière un voile de soie qui ne relève pas d’un choix culturel, est sans doute la plus intelligente. Érudite dans de nombreux domaines, elle force l’admiration de part son calme et son savoir.
A leur façon, toutes sont courageuses. Affronter le Commodore n’est pas de tout repos et la vengeance est un plat qu’il faut mijoter longtemps.

Le Commodore justement est, comme les autres personnages, décrit à la perfection. L’auteur donne assez de détails sur le bonhomme immonde pour qu’on s’en fasse une idée plus que précise. J’ai visualisé le Grand Cöerse des films « Angélique Marquise des anges ». Aussi vil et répugnant.

Outre les personnages, les scènes d’action sont aussi agréables à lire. Le vocabulaire, fourni, offre au lecteur une variété où la répétition n’a aucune place et où les champs lexicaux de l’escrime ou de la navigation ne sont pas des énigmes pour les non-connaisseurs.
Un détail qui a son importance dans une lecture, on apprend de nombreuses choses sur la vie au XVIIème siècle. On sent un effort de documentation intense dont on ne peut que se réjouir, puisque ce livre est destiné à de jeunes personnes qui ont encore beaucoup à apprendre et peuvent ainsi le faire sans trouver l'Histoire fastidieuse !!
Pour ma part, j'ai beaucoup aimé l'évocation des fascinantes habitations troglodytes.

C’est une découverte pour le moins agréable que ce livre sans prétention à la couverture engageante, soutenue par des entrées de chapitres simples mais très évocatrices.
Rythmée, cette aventure se lit d’une traite et plaira aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Le seul bémol, mais il est moindre, c’est que les lecteurs plus jeunes riront bien moins que leur ainés !!
Un Dumas junior, et en jupons, semble se cacher entre les lignes de ce roman.

La Cité Noire de Thomas John

La Cité Noire
de Thomas John

Éditions Asgard
Collection Reflets d'Ailleurs

Sortie le 3 mai 2011
Grand Format / Prix 25€


Présentation de l'éditeur

Une cité régie par des sorciers aux pouvoirs déclinants. Une cité où toutes les sept nuits, lorsque les lunes se confondent, la mort hante les rues et emporte les défunts. Une cité d aventures épiques, d'amours et de mort. Quel est donc le mystère de la Cité Noire ? Perdus au milieu de ses complots, Ao, Perceron et Kroll parviendront-ils à survivre ?

L'avis de Kamana :

Tout d'abord, nous allons nous attarder sur l'objet en lui-même : cet ouvrage est superbe. Les illustrations de Pascal Quidault sont magnifiques et donnent tout de suite envie d'ouvrir le livre et de s'y plonger. Le fait d'avoir en quatrième de couverture un aperçu du visage des personnages est délectable. Sûr que nous, lecteurs, ne manquons pas d'imagination pour nous représenter nos héros, mais une vision du dessinateur est bienvenue, surtout quand elle est faite avec talent.


Parlons de l'histoire et posons un peu les bases :

Tout est toujours question de pouvoir, de domination ! Tout se résume à la soif d'argent, de notoriété ! Les habitants de la Cité Noire ne dérogent pas à cette règle, bien au contraire...

Un monde, deux lunes. Quand la grande Denether accueille en son sein la rougeoyante Arakia, quand les deux forment une sphère bicolore, alors sonnent les cloches de Kan-Pang. Dans les rues, tout être mort ou vivant ne sera plus une fois la Fossoyeuse venue...

La magie est déclinante. La Chimère, déesse mère des sorciers, est partie pour la nouvelle ville, la Cité Blanche, où sont amenés à vivre tous ceux dotés de pouvoirs magiques...

Au cœur des Terres de Jade, à Kan-Pang, ou Cité Noire, ce sont les Maisons qui régissent la vie politique, militaire et économique. La souveraineté est entre les mains de peu de gens, ceux qui sont maîtres d'un Domaine régent. Il y a les puissantes Maisons des sorciers, la famille Gordreg et la famille Sourgne, ennemies. Vient également la Maison Heaumenuit, dont le régent Haardoth est le Seigneur gardien de la cité. Puis finalement arrivent les Maisons des Marchands. Tous se réunissent suite à une prémonition qui annonce la guerre. Un vote doit être fait pour l'avenir de Kan-Pang, mais au grand étonnement de la population l'issue de ce haut-conseil ne sera pas celle qu'elle attendait : une égalité des votes, figeant ainsi toute action. Seule la découverte d'un nouveau Domaine régent pourrait désamorcer la situation. C'est sur cet état de fait que se base toute la trame, même si c'est en suivant les différents personnages, qui au départ nous semblent bien loin de ces préoccupations, que tout va se jouer, se dénouer...

Les personnages venons-y. Nous suivrons plusieurs d'entre eux en même temps. Sur le territoire Naïme, nous ferons la connaissance de Kroll, un cromlek, physiquement proche d'un ogre avec ses crocs et son physique impressionnant. Depuis le jour où Ao, sa jeune sœur humaine, qui se trouvait en sa compagnie, a perdu la vue, les yeux brûlés dans des circonstances étranges, il n'est plus le bienvenu au village. Pourchassé par un de ses frères, une bagarre sanglante éclate, le contraignant à fuir sa région pour la Cité Noire. Sa nature ne lui permettra de trouver qu'un travail précaire, celui de "maraudeur", sorte de chercheur de trésors oubliés dans les bas-fonds de la Cité. Il y travaillera en compagnie de Valthar, Leen et Elmo. Payot leur chef les enverra dans une quête sombre et dangereuse dans les souterrains de la ville.

De son côté Ao, qui rejette toute la faute de son handicap sur les épaules de Kroll, verra son avenir se noircir et muer avec le départ de l'ogre, comme elle l'appelle. Un don étrange, un pouvoir unique émergera de sa souffrance...

À Kan-Pang, Perceron, suite à la mort de son fils, sombre dans une folie-maligne qui le mènera à bien d'étranges situations. Ce troubadour alcoolique, souvent radoteur, gauche la plupart du temps, déjouera bien des ennemis. Malgré son handicap patent, il sera le plus drôle mais aussi le plus astucieux des personnages...
Il y en a tant d'autres comme ceux des familles de sorciers, qu'il est difficile de s'attarder sur chacun. Sachez seulement qu'ils apporteront tous une pierre à l’édifice. En dire plus serait sacrilège, d'ailleurs je pense en avoir trop dit déjà ou pas assez sur certains aspects !

La Cité Noire est un de ces romans sombres où la saleté, la puanteur, les morts, la souffrance et la torture font la magie du livre. Dans les Terres de Jade, la cruauté est omniprésente, elle semble ancrée en chacun. La pauvreté des habitants est telle que le vol, le passage à tabac est coutumier, ne surprenant personne. Déjà que la ville est jonchée de cadavres par-ci par-là, laissés aux soins de la Fossoyeuse - pourquoi s'embêter à les enterrer ! - alors quand la bande de maraudeurs s'enfonce dans les souterrains oubliés, c'est l’horreur qui les y attend.
Du côté des sorciers attendez-vous à côtoyer des abominations, personnages glauques et immondes d'une cruauté inégalée.

Mais voilà tout n'est pas si noir ! Croyez-le ! Le roman est bourré d'humour. Comme mentionné plus haut, le personnage de Perceron est à lui seul un clown extravagant, qui même dans les situations les plus dangereuses dégage une sorte de pureté infantile. Malgré les ennemis, malgré les coups, tous garderont l'espoir que le lendemain apportera quelque chose de meilleur. Kroll par exemple, n'aura de cesse de chercher un remède pour soigner Ao, cette sœur qui le hait.

Une histoire complète, riche, prenante. À aucun moment le suspense ne s'essouffle ! Une écriture exquise, fluide qui nous happe tout le long. Et un sens de la mise en page sympathique, agréable, passant quand il le faut d'un personnage à un autre. Une fois la lecture entamée, vous ne pourrez plus vous arrêter car Thomas John distille avec soin les informations pour mieux nous tenir en haleine.
Et maintenant ? J'attends la suite avec impatience, car tout n'est pas fini, loin s'en faut...

Je ne dirai que deux mots : lisez-le !


Je tiens à remercier sincèrement l'auteur Thomas John ainsi que les éditions Reflets d'Ailleurs pour ce magnifique roman.