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mardi 14 juin 2011

Les aventures fantastiques d'Hercule Barfuss de Carl-Johan Vallgren


Les aventures fantastiques d'Hercule Barfuss
de Carl-Johan Vallgren

Editions JC Lattès

Sortie Janvier 2011
Grand format / 356 pages / 20,90 €


Présentation de l'éditeur :

Hiver 1813, dans une maison close de Königsberg, deux enfants naissent la même nuit. Hercule présente un corps atrocement difforme et particulièrement repoussant, tandis qu'Henriette se révèle être un ravissant nourrisson. Nain monstrueux, sourd et muet, Hercule découvre très vite qu'il possède le talent signulier de lire les pensées.
Le destin va brutalement séparer les deux enfants, et Hercule n'aura de cesse de rechercher sa bien-aimée, la douce et belle Henriette. Sa quête va alors le jeter sur les routes, l'entraînant d'un monastère jésuite à un asile d'aliénés en passant par un cirque ambulant qui exhibe des monstres.
A travers cette histoire d'amour étrange et émouvante, Carl-Johan Vallgren livre une peinture sombre et lumineuse de l'Europe du XIXè siècle, théâtre d'injustices et de persécutions.


L'avis d'Heclea

Voilà un livre à la croisée de plusieurs genres puisque l'on y trouve de la romance, une réelle attirance entre deux personnes, mais également une part fantastique bien travaillée, et qui est présenté comme un témoignage ou du moins comme des mémoires que l'on aurait pu écrire en souvenir d'un être cher.

En suivant certains passages de la vie d'Hercule Barfuss, l'auteur nous plonge dans une période où les êtres hors normes étaient considérés comme suppôts de Satan, où la différence était traquée, où la religion imposait sa loi, et pas de la plus tendre des manières.
Les descriptions de notre héros sont d'une précision chirurgicale et nous entraînent directement dans une ambiance particulière, mêlant dégoût et attirance, amitié et répulsion, amour et haine.

L'auteur sait jouer avec les mots et utilise dès qu'il le peut comparaisons et figures de style, donnant une écriture bien particulière à ce roman et prenant ainsi le risque de rebuter certains par des phrases longues de dix lignes et au phrasé parfois compliqué.

Pourtant l'histoire en elle-même est une ode à l'amour, cet amour qui dépasse toutes les frontières, qui ne se préoccupe pas du paraître mais va au cœur des choses, de cet amour plus fort que tout, qui résiste à la séparation, qui résiste aux on-dit et se fiche de tout si ce n'est de l'être aimé.

Cette aventure, aux accents fantastiques, avec son héros hors normes, est un bel exemple d'espoir, mais montre également la douleur de ce que peut être une vie, elle alterne entre espoir et déception, entre bonheur et le plus profond désespoir. Tout nous est livré brutalement, manière supplémentaire de nous ramener dans cette époque particulière, où les actes étaient bien différents mais les sentiments finalement très proches.

Un roman à la saveur particulière, un de ces romans que l'on aime ou l'on déteste mais qui finalement ne laisse pas indifférent.

Les fauche-Mort


Les Fauche-Mort
de Nathalie Suteau

Éditeur Indépendant.com
Edilivre Édition Coup de Cœur

Sortie en 200
4 puis 2007
388 pages / 21€



Présentation de l'éditeur :

Stuart Shelby, star Hollywoodienne, est plus qu'un comédien unique en son genre. Les journaux le qualifient depuis vingt ans de monstre du cinéma, ce qui l'amuse beaucoup. Monstre, il sait qu'il en est un mais d'une toute autre espèce... Julie, de son côté, s’ennuie dans son bureau de la banque parisienne où elle travaille, jusqu’au jour où, lors d’un voyage à Londres, elle rencontre Milo, jeune pirate informatique de dix-huit ans et découvre une petite clé USB oubliée, qui renferme, telle une interface magique, le bouleversement de son destin. C’est ainsi que Julie bascule dans le monde inquiétant et morbide de Stuart Shelby…

Les musiciens appellent cela « l’art du contrepoint » : ou comment donner la réciproque d’une phrase ou d’une séquence quelques octaves plus haut ou plus bas. Nathalie Suteau participe à sa manière de cet art, avec toute la subtilité réclamée par l’exercice. Car, non contente de jubiler avec son personnage de la brusque accélération de sa vie, elle orchestre en arrière-fond une inquiétante partition. Toutes les vies happées par cette intrigue étrange reçoivent ainsi la contrepartie d’une existence débarrassée de l’ennui et de la banalité : le risque, l’angoisse, et la mort comme compagne privilégiée. Et c’est également sur ce mode du contre-point que le récit vampirique déserte les châteaux des Carpates pour s’inviter dans un monde moderne et interactif. On oublie jamais ses vieux démons…

Ce roman fut tout d’abord écrit sous la forme d’une courte nouvelle, lorsque Nathalie Suteau décide, sur les encouragements d’une jeune réalisateur, de participer a un concours d’écriture de nouvelles ayant pour thème « Le vampire ». La nouvelle est écrite en quelques heures, avant d’être retravaillée et de trouver sa forme définitive. Ce roman porte l’empreinte de l’influence de la rencontre de l’auteur avec Stephen Kilkie, un jeune réalisateur écossais très prometteur. Ce dernier lui fait alors « comprendre l'intérêt d'une narration non linéaire et de la bonne utilisation de flash-backs ou de flash-forwards », technique que l’auteur a utilisée dans Les Fauche-Mort.

L'avis de Lila :

Voilà un roman des plus étranges et dont on ne ressort pas indifférent. L'histoire est unique, à mille lieues des autres romans abordant le thème du vampirisme. Celui-ci ne sera d'ailleurs pas évoqué clairement, bien qu'il soit le point central du roman.

L'histoire tourne autour de quatre personnages. Julie, jeune et jolie femme qui s'ennuie dans sa petite vie pourtant parfaite, l'archétype de l'éternelle insatisfaite. Milo, son amant italien, impulsif, honnête, et qui possède des talents de hacker. Wayne, le meilleur ami de Milo, parfait dans son rôle de confident et faire-valoir. Et enfin, la vedette de cinéma Stuart Shelby.
Ce dernier est atteint d'une bien étrange maladie depuis son enfance. Il souffre d'une anémie mortelle que seule l’absorption de sang semble pouvoir apaiser. Et pas n'importe quel sang, celui de ceux qui l'aiment.

Ces personnages qui n'ont rien en commun vont se rencontrer par le fruit du hasard, mais leur destin sera finalement très intimement lié. Si Wayne et Milo sont deux jeunes gens plutôt sympathiques et moraux, leur caractère s'oppose directement à ceux de Julie et Stuart qui ne sont guère attachants. Les deux premiers jouissent de la vie, les deux autres s'épanouissent dans la mort.

Il est difficile de réellement s'attacher aux personnages, Julie est superficielle et malsaine, Stuart est lâche et détestable, Milo jeune et naïf et Wayne n'est pas très intéressant. Mais le récit est si habilement maitrisé que je ne peux m'empêcher de penser que c'est un choix délibéré de l'auteur. D'autant plus que le fait de les aimer ou de les détester ne compte finalement pas dans l'appréciation de ce roman. C'est troublant, car dans la plupart des récits, on sent le besoin de l'auteur de nous faire aimer ses personnages. Ici, l'histoire est la véritable héroïne et ce sont les personnages qui la servent. Habituellement, c'est l'inverse.

C'est assez étonnant de suivre avec tant d'intérêt un récit dont on n'apprécie pas les protagonistes, et pourtant c'est le cas ici. L'histoire, complexe et dense, nous est contée par Milo. Son récit est régulièrement ponctué de passages du journal intime de Julie ; on alterne donc sans cesse entre présent et passé, entre le point de vue de Milo aujourd'hui et celui de Julie au moment des faits.
Il est cependant important de préciser que la narration est extrêmement fluide et facile à suivre. L'auteur fait preuve d'un réel talent dans cet exercice.

Ce roman est atypique, l'histoire qu'il raconte également. Durant toute la lecture, je suis restée fascinée par le style de l'auteur, par l'aisance avec laquelle elle passe du présent au passé sans jamais égarer son lecteur et par la fluidité de son écriture. Quand on sait qu'il s'agit là d'un premier roman, c'est encore plus impressionnant.

Je recommande chaudement ce roman, il mérite réellement d'être découvert et il vaut sans hésiter l'investissement.

Déchirures de Sire Cédric


Déchirures
de Sire Cédric

Editions Le pré aux clercs

Sortie le 10 novembre 2010
Grand format / 18 €


Présentation de l'éditeur

Imaginez que vous rencontriez un véritable démon dans une étrange boîte de nuit... Ou que vous croisiez des monstres sanguinaires, au bord d'une autoroute déserte... Savez-vous que de mystérieux fantômes jouent de la harpe avec les rayons de la lune ? Que des créatures infernales sévissent au sein d'un groupe de Black Metal ? Ouvrez ce livre et regardez, vous aussi, à travers ces déchirures qui
émaillent le rideau de la réalité. Sous la plume de Sire Cédric, la beauté et l'horreur, l'angoisse et le rêve se mêlent dans une valse mortelle. Et si, un soir, après avoir refermé ces pages, vous sentez une présence insolite derrière vous, à la sortie de votre bar favori, nul doute que vous presserez le pas !

Avis d'Asmodée

Le recueil Déchirures, réédité aux éditions Le Pré aux Clercs, rassemble certains des textes les plus horrifiques et poétiques de Sire Cédric. Une poésie, mais pas n'importe laquelle. Au fil des histoires, la prose de l'auteur se réclame ténébreuse et d'une délicate perversité. Les nouvelles proposées au sommaire contribuent, chacune à leur manière, à façonner un univers torturé, empreint d'une inspiration sombre, marginale, qui s'affranchit de tout interdit. Des monstres surnaturels ou à visages humains, une débauche de sexe et de sang, mais également une plume flirtant toujours sur les frontières de la grâce et de l'irrévérence... L'ouvrage joue à merveille avec les peurs, les espoirs et les désirs recélés en chacun de nous.

Déchirures se fait pourvoyeur d'émotions contradictoires telles que la sensualité ou la répulsion, toujours avec pour socle commun le plaisir d'une lecture ancrée dans notre temps, effleurant nombre de maux contemporains. On se retrouve en présence de neuf nouvelles, un panel de récits souvent pourvus d'un caractère sulfureux et au relent de thriller, mais au sensationnel jamais gratuit. Car derrière une provocation de façade, l'auteur instille au travers les destins chaotiques de ses personnages un cachet intime, à la sensibilité exacerbée. Comme dit en début de chronique, il y a une poésie suppliciée dans ce recueil de Sire Cédric. Peut-être est-ce pour cela qu'il est souvent possible d'identifier une part de nous-mêmes au détour de ses histoires à la réalité altérée.

Une jeune femme Sélénite à la pureté sacrifiée, des démons qui nous observent par le prisme de leur dépravation, une créature vengeresse châtiant des skinheads, esprits totems et fantômes tourmentés, des sœurs jumelles qui s'affrontent dans un combat où une seule d'entre-elles pourra sortir victorieuse… Si le ton des nouvelles reflète invariablement une inévitable noirceur teintée de pessimisme, les thèmes abordés n'en restent pas moins une vitrine exhaustive sur ce que le fantastique compte de plus fascinant en matière d'ambiances et de sujets. Les esthétiques sont gothiques, faisant la part belle aux tatouages, piercings et musique Métal. Un style très visuel donc, mais pas seulement. La Mort rôde également, sans jamais parvenir à éclipser complètement l'espoir sous-jacent qui auréole certains textes.

C'est en parcourant Déchirures et en s'égarant dans ses replis d'ombre et de mal-être que l'on appréhende pleinement la qualité du recueil. Le talent narratif de son auteur s'inscrit dans la veine d'un Clive Barker ; un style rehaussé par une touche européenne et sexy encore trop rare à trouver dans le paysage de la littérature fantastique francophone. Par la texture des mots, grâce aux voies d'un imaginaire sans concession, Sire Cédric entraîne ses lecteurs sur des chemins obscurs et troublants, à l'empathie qui saura toucher les âmes écorchées vives. Une lecture conseillée plutôt deux fois qu'une, surtout si l'on aime les nouvelles qui procurent une belle part de frisson.